Démarche artistique
Tout commence par le dessin. Il est pour moi un espace d’exploration, un lieu où le geste précède l’intention. Je ne pars pas d’un projet défini : le trait avance, cherche, et peu à peu des formes apparaissent. Ce sont souvent des figures hybrides, mi-animales, mi-végétales, parfois dotées de traits anthropomorphes ; des présences singulières qui émergent sans que je les aie anticipées. Leur hybridité manifeste une porosité entre les règnes du vivant, qui coexistent dans mon œuvre sans hiérarchie ni privilège de statut.
Mes figures s’inscrivent dans des espaces entre terre, eau et ciel. Ces espaces ne sont pas pensés comme des décors mais comme des milieux d’apparition, où les frontières entre éléments se dissolvent volontiers pour laisser place à une continuité organique.
Ma peinture est figurative mais non référentielle. Elle ne cherche pas à refléter le monde mais à en construire un.
Peindre ne consiste pas, pour moi, à représenter le réel tel qu’il est perçu, connu ou nommé. Il ne s’agit ni de décrire un paysage, ni d’illustrer un récit ou un système symbolique préétabli. Je construis des mondes autonomes, sans coordonnées géographiques, historiques ou culturelles explicites. Ces mondes ne renvoient pas à un ailleurs identifiable mais s’imposent comme des configurations plastiques irréductibles à la référence comme à l’anecdote. Les images peuvent susciter des résonances, des associations, des projections, mais ne suffisent jamais à produire une lecture univoque. Le sens reste une expérience ouverte, suspendue au regard du spectateur.
Dans ces environnements volontairement non naturalistes, les rapports d’échelle, de profondeur et de distance sont organisés selon une nécessité interne plutôt qu’une logique mimétique. La lumière n’a pas pour fonction d’éclairer. C’est une lumière d’immersion, de cohésion, qui guide le regard, enveloppe les formes, relie les figures. Ces dernières apparaissent comme des présences d’intensité égale, dans un monde dont la présence est tout aussi affirmée. Il n’y a pas de hiérarchie entre figure, espace et lumière.
L’enjeu fondamental de cette peinture réside dans le refus assumé de la clôture : de l’espace comme du sens.
Les mondes représentés ne sont jamais fermés. Ils excèdent le cadre, dépassent ce qui est donné à voir. Pour moi, le monde pictural ne se réduit pas à ce qui est montré ici et maintenant : il se prolonge au-delà du champ visible, comme s’il continuait à exister hors du regard, hors du temps suspendu qu’est celui de la contemplation. Dans ces paysages parfois perturbés, aux horizons mouvants ou aux ciels envahissants, se joue un dialogue entre le beau et le sublime : une sérénité fragile mais réelle s’installe au cœur de l’immensité. C’est en ce point précis que l’intime rencontre l’infini. Mon travail explore une ontologie du petit : l’infime y devient une puissance, une zone de persistance capable de maintenir un équilibre au sein du vaste.
En revendiquant une forme d’élégance et de douceur lumineuse, je ne cherche pas l’évasion mais une forme de réenchantement critique. Il s’agit de montrer que, même au sein de configurations instables, la vie déploie des stratégies de présence sereine. Mes tableaux offrent ainsi des champs perceptifs où l’imaginaire est sollicité sans être contraint, invitant à une traversée sensible de mondes qui, bien que troublants, demeurent fondamentalement habitables.